Routes de la Soie enseignant

Chute des ONG

Après la chute de l'URSS, le rôle des ONG, qui étaient financées par des bailleurs de fonds européens et américains, étaient d'instaurer un apprentissage vers la démocratie. Force est de constater que, de nos jours, l'apprentissage de la démocratie en Ouzbékistan a échoué et que le régime cherche, plus ou moins brutalement, à soumettre ou à réduire au silence les ONG, qui sont vues comme un danger pour le régime dictatorial d'Islam Karimov.

 

La chute des ONG c’est déroulé en trois phases :

 

1)     Construction et développement de projets

 

2)     Lutte contre l’Etat

 

3)     La clôture

 

Pour le peuple ouzbèke, les ONG représentent d'abord des emplois pour soi et sa famille ainsi qu'une possibilité de pouvoir développer des capacités d'initiative et de leadership. Elles voient le jour au début des années 1990 et provoquent une attractive opportunité de pouvoir s'ouvrir au reste du monde. Cette idée amena beaucoup d'intellectuels, de chercheurs, de journalistes ou d'avocats à intégrer différentes ONG. Ce fut, aussi, une excellente opportunité pour les femmes de se voir promues à des postes importants.

 

Mais au fil des années, l'Etat s'aperçut vite du danger que pouvaient entraîner les ONG. Pour citer un exemple: certains sociologues, après avoir rapporté des données catastrophiques depuis l'indépendance sur la situation régnante furent vite contrôlés et interdites de publications par le gouvernement. Un autre exemple: la vice-directrice d'une ONG donna sa démission suite à l'intervention de l'Etat pour transformer ou interdire certains résultats d'enquêtes jugés négatifs par le régime. L'année 1999 semble être l'apogée des ONG en Ouzbékistan. Le milieu s'est structuré et des lois apparaissent. L'article 2 de cette loi stipule que « l'interférence de corps d'Etat dans les ONG, comme celle des ONG dans les activités de l'Etat, n'est pas autorisée ». Cela signifie que l'Etat n'a pas le droit de s'introduire dans les affaires des ONG et vice versa. Mais cette séparation, purement verbale, n'empêcha pas, petit à petit, le régime de mettre en route une répression brutale doublée d'une sorte de "nationalisation des ONG". En 2003 toutes les ONG se sont vues invitées à se réenregistrer afin que l’Etat puisse mieux les contrôler et savoir d’où viennent les finances de ces ONG.

 

Entre 2004 et 2005 les bureaux d'IREX, d’Eurasia Fondation et d'Human Rights Watch ont été fermés. Pour expliquer cette suppression, le gouvernement invoque des fonds occultes servant à soutenir le terrorisme, mais toutes les personnes concernées savent que la corruption du gouvernement n'est plus un secret. L'objectif est de neutraliser les organisations travaillant sur la notoriété civile, donc sur l’éventuelle possibilité de créer une démocratie, par asphyxie financière puis de capter les financements des bailleurs.

 

Pour conclure, depuis 2000 un contrôle s'est établi et, depuis 2003, la répression s'est abattue sur les ONG orientée vers le peuple. Selon l'IREX, de 3925 en 2005 elles ne sont plus qu'un millier en 2008, toutes sous la tutelle de l'Etat car les "ONG non-nationalisées" ont été éradiquées d'Ouzbékistan. De nos jours, les bailleurs continuent à lutter en silence contre la pauvreté de ce pays passé du développement, du temps de l'URSS, au "sous-développement"[1].

 



[1] Hours Bernard et Selim Monique, « De l’apprentissage de la démocratie à son interdiction : les ONG en Ouzbékistan, Revue Tiers Monde, 2008/1 n°193, p.111-130.

 

Daniel Allgower

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